Forum officiel de WALACHIA II, jeu de rôle PHP gratuit et multijoueur. (en développement)
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Dara

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Dara
Voyageur
Voyageur


Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 05/06/2008

MessageSujet: Dara   Jeu 27 Aoû 2009 - 18:09

-1-

Ce fût avec une excitation non retenue que Cymbeline surgit de l'église et dévala les marches du porche en soulevant sa robe pour ne pas trébucher. Sœur Adélaïde, qui prenait grand soin du potager, mue par sa curiosité naturelle à l’écho des sandales martelant le pavé, abandonna un instant ses activités lorsque sa cadette traversa en courant la galerie entourant le grand cloître. Elle poursuivit en longeant le parloir et le réfectoire jusqu'à la cour de la cuisine où elle manqua de glisser sur le sol humide. Alors qu’elle s’apprêtait à emprunter un étroit passage voûté, elle s’arrêta et vérifia les alentours. Une fois assurée que l’on n’avait pas remarquée sa présence en cet endroit précis, elle reprit son allure en direction d’un autre jardin, plus petit que le précédent.

En son centre où bruissait une fontaine, assise sur un banc de pierre blanche, une autre novice était plongée dans l'étude d'un épais volume, sa tenue respectant la même rigueur moniale que ses consœurs: une simple toge brune serrée à la taille par une corde nouée. Si ce n'était la capuche relevée dévoilant une chevelure ardente, rien ne l'aurait différenciée d'une autre résidente du monastère. Et pourtant, Cymbeline n'avait pas douté un instant la trouver en ce lieu. Envahie par un sentiment de culpabilité à l'idée de briser une quiétude propice au recueillement et la méditation, elle vint s'assoir aux côtés de sa camarade le plus silencieusement que permettait son impatience. S'assurant d'un rapide coup d'œil qu'elles étaient seules, elle murmura à sa voisine:

- Vous ne devriez pas être ici, Sœur Dara. Imaginez que la matriarche vous surprenne; une novice dans le petit cloître! On en entendrait parler.

- Je vous corrige: deux novices. Il faut croire que l'obéissance n'est plus de mise chez les jeunes apprentis du culte.


Elles échangèrent un sourire complice, puis se turent. Dara reprit sa lecture tandis que Cymbeline triturait nerveusement une extrémité de sa ceinture. Quand elle ne parvint plus à se contenir - ce qui fut rapide - Cymbeline reprit la parole.

- J'étais avec la Mère Supérieure, elle voulait s'entretenir avec moi. Je veux dire, j'en viens à l'instant. Une lettre du Temple est arrivée dans la matinée.

Dara referma son livre et sans dire un mot, elle observa son amie. Cymbeline poursuivait sans discontinuer. Elle paraissait fébrile.

- J'ai été acceptée. Enfin pas tout à fait encore, mais je vais y aller tout de même. Dans une semaine. La Mère Supérieure s'est occupée de tout. Je crois même qu'elle a envoyé une recommandation. Et après cela, la formation, je vais enfin devenir prêtresse. Bon, ce ne sera pas facile, il paraît que l'apprentissage est très difficile, qu'il y a beaucoup d'échecs, que des vocations sont brisées. Je pense que tout est une question de volonté. Il faut juste que je réussisse l'examen initial. Il a lieu au lendemain de mon arrivée. Ça veut dire que je n'aurai pas le temps de me préparer. Mais je ne peux pas échouer. J'ai trop espéré ce moment. Mon rêve va enfin se réaliser

- Je suis persuadée que vous ferez une excellente prêtresse, ma Sœur.

- Merci. Je suis tellement heureuse de vous avoir. Je sais que je ne devrais pas être si expressive, et faire preuve davantage de retenue, mais j'ai également tant besoin d'en parler et vous m'avez toujours prêté une oreille attentive. Et - cela peut paraître contradictoire - je suis à la fois très excitée et terriblement effrayée à l'idée de quitter le monastère.

- Vous ne devriez pas. Vous avez étudié avec plus de sérieux que la plupart d'entre nous toutes durant votre séjour ici. Si quelqu'un est fin prête à affronter les examinateurs du Temple, c'est vous et nulle autre.

- Vous ne pensez pas ce que vous dites.

- Je n'en vois pas la raison, il est inutile d'être modeste. Vous êtes la meilleure: c'est un fait.


Ce qui eût pour conséquence de faire rougir Cymbeline.

- Sœur Dara, puis-je me permettre une question?

- Vous venez de le faire mais rien ne vous interdit de recommencer.

- Êtes-vous déterminée dans votre choix? N'est-il pas possible de vous faire changer d'avis?

- Finalement, cela fait deux questions. Pour vous répondre: Oui, je suis déterminée et non, rien ne me fera changer d'avis. Tergiverser davantage sur le sujet n’apporterait rien de positif. Je m’en tiendrai à mon choix.

- Alors laissez moi vous dire que ce sera un grand gâchis. Pourquoi donc ne voulez-vous pas m'accompagner? Vous tenez donc tant à finir le reste de vos jours en recluse dans cet endroit? Je trouve cela si sinistre.


Dara afficha subitement une expression plus grave.

- Pardonnez-moi, Sœur Dara. Je ne voulais pas vous blesser. Rien ne m'autorise à juger vos choix.

- Cela n'a aucune importance. Je suis heureuse que vous puissiez concrétiser votre projet mais comprenez bien que dans mon cas, rien ni personne ne m'attend hors de ces murs.

- Je sais que je ne devrai pas dire cela mais à mon avis, vous êtes trop défaitiste. A votre place, je nourrirai un peu d'espoir. Imaginez que la Mère Supérieure ne vous ait pas tout dit. Elle en serait capable après tout, et ce serait dans son intérêt.

- Et après? Tant bien même que cela soit vrai, cela signifierait...


Dara s'interrompit, la mâchoire serrée et le regard noir. Comportement que Cymbeline ne put ignorer. Elle tenta de détendre l'atmosphère.

- Oublions ce sujet. Dites moi plutôt sur quel ouvrage vous...

Elle ne put terminer sa phrase, Dara l'interrompit.

- Il ne s'agit pas que de cela.

Cymbeline attendit un instant, espérant qu'elle poursuivrait, mais Dara n'ajouta rien d'autre. Ce n'était pas nécessaire, elles en avaient à maintes fois discutées, et Cymbeline savait également qu'aucune autre Sœur n'était dans la confidence. Et à quel point cela pouvait affecter l'esprit de son amie.

- C'est à cause de vos rêves, Sœur Dara?

- Dites plutôt des cauchemars. Oui, il s'agit aussi de cela.

- Vous n'avez jamais voulu entrer dans les détails. J'aimerai tellement pouvoir comprendre. Si vous pouviez m'en dire davantage à leur sujet, sauf si vous n'en exprimez pas le désir.

- Je vous en parlerai, un jour. Pas aujourd'hui. Pas tant que je ne saurai pas de quoi il en retourne. Pour le moment, ne prenez pas cela contre vous.

- Je n'en ferai rien. Et sachez que quand le besoin d'en parler se fera sentir, ce sera avec plaisir que je partagerai votre secret.

- Je vous en remercie, ma Sœur. Votre honnêteté et votre amitié sont salutaires.

- Et vous, vous parlez déjà comme la vieille matriarche, mais je ne sais pas si c'est une bonne chose à votre âge.

- J'en doute.


Dara ponctua d'un sourire, se leva et abaissa sa capuche, invitant son amie à prendre la direction de la bibliothèque. Cymbeline l'imita et elles poursuivirent leur conversation sur des sujets plus légers tout en quittant le cloître.

A suivre...

***

Prochainement, un deuxième chapitre où Dara décide qu'il est grand temps d'avoir une petite conversation avec la Mère Supérieure, où elle découvre qu'on lui a caché certaines vérités et où elle va quitter le monastère pour aller à la rencontre de son passé.


Dernière édition par Dara le Dim 12 Juin 2011 - 3:18, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dara
Voyageur
Voyageur


Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 05/06/2008

MessageSujet: Re: Dara   Ven 28 Aoû 2009 - 21:13

-2-

Dara avait quitté la bibliothèque l'esprit embrumé, laissant Cymbeline plongée dans l'étude fastidieuse d'un traité relatif à l'incidence du mauvais usage des sorts de régénération sur les tissus nerveux; vaste programme. Pour sa part, Dara n'était plus en mesure de se concentrer. Du moins, pas sur d'autres sujets que celui qui occupait ses pensées depuis sa conversation avec son amie dans les jardins du monastère. Elle en était arrivée à la conclusion que Cymbeline était dans le vrai: pas dans le sens où on lui avait menti mais plutôt dans sa nature pessimiste. Elle venait de prendre conscience que jusqu'à maintenant, elle avait systématiquement rejeté l'idée d'une confrontation avec la Mère Supérieure; indirectement, elle refusait de prendre le risque d'alimenter le moindre espoir – une façon de s’éviter une souffrance supplémentaire qu’elle aurait jugée inutile. Néanmoins, la nature inquiétante de ses derniers songes nécessitait des éclaircissements. Et des réponses, elle pressentait qu'elle en obtiendrait en s'intéressant à ses origines. Il devenait vital qu'elle sache qui étaient ses parents.

Elle était donc partie trouver la matriarche, prétextant d'un problème d'interprétation sur une parabole particulièrement obscure dans les commandements du Temple, attendant le bon moment pour embrayer sur la véritable raison de sa présence. Pour le moment elle écoutait en hochant régulièrement la tête en signe d'acquiescement.

- …Ainsi, le chevalier enchevêtré dans les ronces et le poison s'insinuant dans ses plaies symbolisent la vanité des hommes. Le fait qu'il ait perdu son épée salvatrice n'est pas à interpréter seulement comme le signe d'une punition divine. L'arme est ici une allégorie de la vertu. L'homme qui cède à ses faiblesses et dévie des saints commandements n'est plus méritant d'obtenir les faveurs des dieux. En revanche, le verset suivant illustre la miséricorde si chère à notre ordre… Sœur Dara, je ne me trompe pas en disant que vous n'avez rien écouté à ce que je vous ai dit, n'est-ce pas?

C'était un fait, elle n'était pas tant préoccupée par le sens de ce psaume. Elle en parut gênée.

- Il ne s'agit que d'un prétexte. Habituellement, vous êtes toujours prompte à l'échange d'idées mais là, vous vous contentez de boire mes paroles, ce qui ne vous ressemble pas. Il me semble qu'il y a autre chose dont vous voudriez me parler.

C'était plus qu'elle n'avait imaginé, la Mère Supérieure abordant d'elle même le sujet. La jeune novice ne pouvait décemment plus reculer

- Vous ne faites pas erreur, Révérende Mère. Je nourri depuis quelques temps des interrogations auxquelles vous pourriez apporter, j’en suis certaine, si ce n’est des éclaircissements, au moins une aide qui m’aiderait grandement à les solutionner.

- C'est tout naturel, vous êtes à un âge de questionnement, mais sachez que je n'ai pas la réponse à tous vos doutes; et en dernier ressort, je ne saurais mieux vous conseiller qu'en vous disant de vous référer aux saintes écritures qui contiennent la sagesse de nos aïeuls.

- Il s'agit de mes parents, Mère Révérende.


La matriarche tenta de masquer une expression de surprise.

- A ce que je sais, je suis orpheline et vous m’avez prise en charge dès mon plus jeune âge. Je vous en serai éternellement reconnaissante, de même qu’au Temple. Ce monastère est ma maison et les autres sœurs sont ma seule famille. Néanmoins, je ne sais rien concernant mes parents. Qui étaient-ils? Etaient-ils bons? Que leur est-il arrivé?

- Je me doutais que vous finiriez par aborder ce sujet à nouveau. Je comprends que cela puisse vous préoccuper mais vous ne devriez pas trop y penser. Je vous ai dit tout ce que je sais, ce qui est mince, je l’admets. Nous ne savons pas qui ils étaient et ils n'étaient déjà plus de ce monde lorsque nous vous avons recueilli.

- N'y-a-t'il pas une possibilité pour qu'ils puissent être encore en vie? Je veux dire, les avez-vous vus? Avez-vous constaté de vos propres yeux qu'ils étaient effectivement morts?

- Enfin mon enfant, je trouve que vous occupez votre esprit de façon peu constructive. Rappelez moi quel est le précepte essentiel de notre ordre?

- Consacrer sa vie aux vivants, les soigner et les apaiser, les accompagner dans leurs derniers instants, et donner l'absolution car nos dieux sont bienveillants et miséricordieux.

- Bien, alors laissez les morts où ils sont et occupez-vous de ceux qui ne le sont pas encore. C'est votre devoir, ma Sœur.

- Ce précepte ne s'applique donc pas à mon cas? Si je vous disais qu'il en va de ma propre santé, ne feriez-vous pas tout ce qui est en votre pouvoir pour m'aider? Si vous m'avez dissimulé des informations, même pour m'épargner quelque souffrance que ce soit, je vous en conjure, j'ai besoin de savoir.

- Qu'entendez-vous par "votre santé"?


Dara se mordit instinctivement la lèvre. Pourquoi avait-elle dit cela?

- Rien! Rien, je vous assure. Mes propos ont dépassé ma pensée.

Déjà circonspecte, la Mère Supérieure parut d'emblée dubitative.

- Dans ce cas, je ne vois aucune justification à poursuivre cette conversation. Avant que je retourne à mes obligations, aviez-vous d'autres questions à formuler, ma Sœur?

Ce qui signifiait que le débat était clos, sans aucune forme de négociation possible. Dara répondit par la négative, et après un bref échange de salutations respectueuses, la novice se retrouvait seule. Seule et plus troublée que jamais, notamment par le comportement de la matriarche. Non seulement elle avait éludé le sujet, mais il était plus qu'étrange qu'elle n'ait eu aucune information à fournir. Il était peu probable que la matriarche soit à ce point ignorante. La jeune fille ressassait les paroles de la Mère Supérieure au point d'en devenir obsessionnel. Elle voulait en avoir le cœur net: si on lui cachait la vérité, elle le saurait d'une façon ou d'une autre, dut-elle enfreindre les règles - ce qui ne la dérangeait pas outre mesure à vrai dire.

La Révérende Mère était partie en direction de l'église, ce qui signifiait qu'il n'y aurait personne dans son cabinet personnel. Sans hésiter un instant, Dara retourna dans le petit cloître. Ce dernier était désert. Sous les galeries, la porte menant aux quartiers de la matriarche n'était pas verrouillée. Elle s'ouvrait sur un couloir desservant lui même plusieurs pièces; toutes silencieuses. Dara traversa rapidement le corridor, jetant de brefs coups d'œil dans les pièces qu'elle longeait. Elle eût tôt fait de trouver ce qu'elle recherchait: une petite salle principalement meublée d'un cabinet d'étude et de deux lourdes armoires. La première contenait pour l'ensemble des documents liés à l'administration courante du prieuré. Les archives qui l'intéressaient devaient se trouver dans la seconde.

Elle prit le volume le plus récent et parcouru les entrées. La Mère Supérieure notait tout ce qui survenait dans le monastère, et ce seul volume ne couvrait que les trois dernières années. Il fallait remonter dix-huit ans en arrière. Dara reposa le livre et prit le sixième. Elle ignorait l'âge exact qu'elle avait quand elle fût recueillie, de même que le jour et le mois de son arrivée. Trouver l'information voulue, même dans ce seul livre, risquait d'être plus long que prévu. Un balayage rigoureux lui révéla une entrée portant son nom, seize années auparavant. Elle n'avait alors que trois ans. L'entrée faisait référence à un séjour infructueux à l'infirmerie. Régulièrement, d'autres entrées plus anciennes au sujet d'insomnies et de tentatives de soin pour traiter des "crises chroniques". A en croire ce qu'elle lisait, elle faisait l'objet d'une surveillance étroite. Cela se poursuivait au fil des pages, s'aggravant au fur et à mesure qu'elle remontait dans le temps. Invraisemblable! Elle n'avait pas le moindre souvenir d'avoir subi des soins réguliers dans sa petite enfance. Elle mit finalement le doigt sur l'entrée qu'elle voulait: son arrivée au monastère. Elle n'avait que dix-neuf mois… Prise en charge par une familière de la Révérende… Date de naissance précisée… Ce qui suivait provoqua une explosion d'émotions contradictoires chez la jeune novice.

Si ce qu'elle avait sous les yeux disait vrai, sa mère était encore en vie à l’époque, résidente d’un autre prieuré dont elle mémorisa le nom. Ce qui était étrange si l’on considère que les moniales obéissent au vœu de chasteté. Il y avait surement un lien avec leur séparation. Concernant le père, aucune information. Elle en fût d’abord contrariée. Mais la piste dont elle disposait maintenant valait bien quelques déceptions. Elle remit le livre à son emplacement et s’apprêtait à quitter les lieux lorsqu’une chose singulière attira son attention. Sur le bureau de la matriarche, elle vit un parchemin marqué du sceau de l’Université du Temple. Dara ne résista pas à la curiosité et le lut. Il s’agissait de la liste des novices en âge de passer l’examen d’entrée pour suivre la formation des prêtres. Le nom de Sœur Cymbeline y était bien inscrit. En revanche, ce qui stupéfia Dara, ce fut d’y lire son propre nom. Elle n’en revenait pas: elle était à l’instant avec la Mère Supérieure – qui connaissait le contenu de cette missive – et elle ne lui avait rien dit. A quel jeu jouait-elle? Bien plus que de la colère, Dara ressentait une réelle incompréhension à l’égard de l’attitude de la Révérende.

Craignant d’être surprise dans un endroit où elle n’était pas autorisée à être, Dara reposa la lettre et quitta le bâtiment par le chemin qui l’avait amené ici.

Plus tard, elle retrouva Sœur Cymbeline accompagnée des Sœurs Aubeline et Célénie au réfectoire. Dara ne lui dit rien quant à son entretien et sa découverte. Pas tant qu’elles aient rempli leurs tâches et rejoins leurs chambres. Ce ne fût qu’à ce moment que Dara put en toute intimité annoncer son projet à sa camarade.

- J’ai passé le restant de la journée à peser le pour et le contre. Si j’aborde de nouveau le sujet, elle refusera catégoriquement de me répondre. Je n’ai pas d’autres choix que de quitter le monastère cette nuit. Une familière m’a confirmé que le prieuré n’était pas à plus de deux jours à cheval. Je n’aurai aucun mal à en emprunter un aux écuries.

- Vous êtes devenue folle, ma Sœur. Ce projet est insensé. Sans parler qu’il est dangereux. Nous ne sommes pas préparées pour affronter le monde extérieur. Que ferez-vous si vous croisez le chemin d’une bande de brigands? Voir même…

- Des Crasseux?

- Sœur Dara! Si notre Mère Supérieure vous entendait. Elle ne tolère pas que l’on dénigre son prochain, quelque soit sa race.

- Ne faites pas comme si vous étiez choquée. A ce qu’on raconte, ils vivent sous la terre, ils ont la peau noirâtre, et de surcroit, ils sont vils et sournois. A votre avis, comment pourrais-je les différencier avec des rats d’égouts?

- Vous divaguez! C’est bien la preuve que vous avez perdu la tête. Et rien ne pourrait vous faire entendre raison.

- Cessez de dramatiser la situation. Il n’est question que d’un simple aller-retour. La Révérende finira bien par me pardonner cet écart; et puis elle n’est pas exempt de fautes. Ah, écoutez, je vous fais la promesse d’être revenue avant votre départ pour l’Université.


Cymbeline ne se trompait pas : rien ne pourrait la faire changer d’avis. Il en allait ainsi avec Dara lorsqu’elle prenait une décision. Ce fut ainsi que tard dans la nuit, à la seule lueur des astres, bien qu’aucun n’ait put en témoigner, une frêle silhouette se fraya silencieusement un chemin au-travers des ombres nocturnes, faisant corps avec les ténèbres, pénétra dans les écuries et rassura par quelques murmures l’animal que les sens ne trompait pas. Lorsque l’écho des sabots martelant les pavés extirpa de leurs songes ceux qui avaient le sommeil le plus léger, la fugitive et sa monture s’enfonçaient déjà au galop dans l’immensité de l’inconnu. Les idées se bousculant dans l’esprit de la jeune fille, elle ne pensait pas encore à ce qui pourrait lui advenir durant son voyage. Elle ne nota pas davantage l’éclat lointain d’un feu de camp, sur les contreforts d’une colline, quelques heures après son départ.

A suivre...

***

Prochainement, un troisième chapitre où Dara va faire route vers l'Antre de la Folie pour y faire une rencontre perturbante.


Dernière édition par Dara le Dim 12 Juin 2011 - 3:23, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dara
Voyageur
Voyageur


Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 05/06/2008

MessageSujet: Re: Dara   Ven 4 Sep 2009 - 14:12

-3-

Il serait vain de décrire l’état d’esprit dans lequel se trouvait Dara tandis qu’elle attendait le Père Théotime. Déjà parce qu’elle était arrivée au prieuré en vie, ce qui ne fut pas une mince affaire. Il faut dire que les ennuis commencèrent très tôt, dès sa première halte en fait, dans une auberge qu’elle trouva au premier abord fort charmante. Les apparences sont parfois trompeuses.

La serveuse ne lui avait pas encore porté sa commande qu’une violente dispute venait d’éclater deux tables plus loin : a priori un désaccord pécuniaire entre un orc aussi massif qu’hideux et un nain à la mine grincheuse mais pas moins imposant – si ce n’était par la taille. Le nain, dont la barbe était encore imbibée de bière, avait bondi sur la table en le menaçant d’une hache presqu’aussi grande que son propriétaire colérique. L’orc, qui ne s’était pas levé, ne se fit pas prier. Il saisit le rebord de la table à deux mains, d’un mouvement brusque la fit basculer et l’envoya choir trois mètres plus loin, avec tout ce qui se trouver dessus à cet instant: chopes, assiettes, couverts et nain armé d’une grosse hache. La plupart des clients s’étaient déjà tournés vers eux et commencèrent à rire. Certains applaudissaient et d’autres invectivaient à l’encontre des protagonistes, dans le but évident d’exciter davantage leurs pulsions haineuses. Le nain se redressa, un peu sonné, et se mit à charger son adversaire: il n’est jamais de bon ton de pratiquer le lancer de nain. De son côté, l’orc n’avait pas attendu pour se lever: il tenait dans ses mains, prête à frapper, une énorme masse. Dara qui tremblait de tout son corps ne tint plus et porta ses mains à ses yeux, se masquant ainsi le choc annoncé entre les deux combattants. Il n’en fut que plus horrible. Le bruit mat du métal rencontrant la chair, le craquement des os broyés et les hurlements d’agonie qui parvinrent à ses oreilles lui suggérèrent des visions bien plus insupportables. D’autres cris s’élevèrent, suivis rapidement par des sons plus révélateurs: du fer entrechoqué, du bois fracassé, des cris de rages et de douleurs. Dara retira ses mains pour constater que les autres clients s’affrontaient désormais, selon qu’ils aient soutenu l’orc ou le nain. Ceux qui avaient choisi la neutralité étaient de toute manière pris à parti dans cette pagaille générale. De leur côté, le nain gisait dans son sang, la tête anormalement déformée, et l’orc vivait ses derniers instants d’orc en serrant sa cuisse droite : le reste de sa jambe qui avait été tranchée nette ne tenait que par un lambeau de fibre musculaire et de peau verdâtre. Dara chercha du regard l’aubergiste et sa serveuse mais ils avaient disparu. Une cruche d’une très mauvaise piquette fut projetée et manqua de peu la tempe de la jeune fille. Quelques secondes après, c’était un elfe qui tombait à plat ventre sur sa table, un poignard planté entre ses deux omoplates. Dara retint un cri et se glissa sous sa table. De là où elle se trouvait, elle voyait les corps désarticulés tomber, et à moins de dix mètres la porte qui lui permettrait de fuir cette furie. Réunissant tout son courage, elle quitta à quatre pattes sa cachette de fortune et avança en direction de la sortie, enjambant les cadavres et ignorant les suppliques des mourants. Alors qu’elle se redressait en atteignant la porte, une main la saisit par le poignet et la força à faire volte-face. Il s’agissait d’un homme armé d’une rapière et grièvement blessé au flanc gauche: sa chemise était couverte de son sang – ou de celui d’un autre. Il la secouait et hurlait tout en lui montrant sa blessure :

- T’es une p****n de soigneuse, toi? Magnes-toi de m’arranger ça!

Dara était paniquée, elle n’arrivait pas à s’extraire à son emprise, et ne trouva rien à portée de main pour le frapper. Et plus elle essayer de se libérer, plus il resserrait sa prise. Désespérée, elle le mordit au bras, plantant profondément ses dents dans sa chair. Elle entendit l’homme hurler avant de sentir la garde d’une épée heurter violemment son crâne. Dara ne conserva qu’un souvenir trouble de ce qui suivit. Elle tomba à demi assommée, dos contre la porte, une douleur très vive à l’arrière de la tête accompagnée de la chaude et gluante sensation du sang coulant sur son cuir chevelu. Il lui sembla qu’on l’insultait et la traitait de ce nom que l’on donne aux filles qui procurent du plaisir aux hommes contre un allègement substantiel de leur bourse. Suivi d’une autre douleur, très soudaine, à l’abdomen, comme sous l’effet d’un coup de pied. Elle en eut le souffle coupé. Puis un cri suivi d’un râle. L’homme s’affaissa à genou devant elle, la bouche grande ouverte d’où dépassait une longue lame écarlate qui semblait surgie tout droit de son gosier. La lame se rétracta en crissant et disparut dans un flot bouillonnant d’hémoglobine. Finalement, après avoir émis quelques gargouillis incompréhensibles, son agresseur bascula sur elle, inerte. Derrière lui, elle vit la silhouette floue d’un orc qui s’éloignait.

Dans sa semi inconscience, Dara avait réussi à se dégager du lourd cadavre, à s’extirper en rampant de cette scène de carnage, avait rejoint son cheval aux écuries d’où elle pouvait encore entendre le tumulte de l’affrontement, et où elle avait finalement sombrée.

Elle ne reprit conscience que tard dans la journée. Personne ne semblait avoir prêté attention au corps évanoui d’une jeune fille dans le foin d’une étable. Ou alors on n’était pas venu ici depuis la rixe. Qu’importe. Dara se redressa et contempla les dégâts: certes, elle n’était pas blessée – hormis un terrible mal de crâne – mais les caillots séchés formaient des croûtes dans ses cheveux et sa toge était couverte de vin, de sang et de purin. Dehors, aucun bruit ne provenait de l’auberge. Elle en conclu que la bagarre était terminée.

Après une rapide toilette grâce à un abreuvoir à la propreté plus que discutable, elle sortit avec son cheval, et ce qu’elle découvrit la stupéfia. Le soleil se couchait sur l’horizon, nimbant d’une lueur orangée les restes calcinés et encore fumants de l’auberge. Des corps noircis gisaient épars, jusque dans l’étang voisin à la surface duquel flottait un cadavre criblé de divers projectiles – dont un pied de chaise.

Dara remonta le chemin, et alors qu’elle passait devant l’angle sud-ouest de l’auberge, elle aperçut le tenancier en pleurs, accompagné de la serveuse et d’un autre personnage qu’elle n’avait pas encore vu. Ce dernier était vêtu d’une longue robe semblable à un ciel nocturne étoilé et tenait un long bâton noueux. Elle l’entendit parler à l’aubergiste.

- Ecoutez, je ne voudrais pas paraître brusque mais je ne pouvais pas savoir que vous stockiez toute votre eau-de-vie sous le comptoir. Moi, quand on me demande de nettoyer, je nettoie! Après, faut pas s’étonner. Tout le monde sait que le feu et l’alcool, ça ne fait pas bon ménage – sans vouloir faire de mauvais jeu de mot. Mais pour ce qui est de notre petit accord, je pense avoir rempli ma part du contrat en vous débarrassant de toutes ces brutes malodorantes.

- Notre accord? Notre accord! Je ne vous ai pas demandé de raser mon établissement, que je sache! Et je fais comment moi pour vivre maintenant, espèce d’abruti?


Dara préféra ne pas se mêler davantage de cette conversation et poursuivit sa route, en direction du nord. Elle avait déjà eu son lot d’horreurs pour la journée et décida qu’elle voyagerait une bonne partie de la soirée avant de faire halte en pleine nature et dormir à la belle étoile.

Elle ne ferma pas un œil de la nuit. Non pas qu’elle ne soit pas las, mais maintenant qu’elle n’était plus dans l’enceinte réconfortante du monastère, elle redouta plus que jamais de s’abandonner aux chimères qui hantaient habituellement son sommeil.

A l’aube, elle remonta en selle, avec le vague espoir que rien de semblable à la veille ne vienne perturber la fin de son trajet. Le temps n’était pas d’humeur conciliante ce jour là. Le ciel devint rapidement noir et menaçant. Dara pressa le galop mais elle ne put éviter l’averse qui s’abattit sur elle – enfin, pas seulement sur elle, mais quelle importance du reste. La jeune fille crut d’abord en un bienfait car cela nettoierait ses souillures, mais la pluie s’amplifia en une trombe diluvienne, transformant les chemins en torrents boueux et glissants. Sa monture peinant à avancer, elle dut ralentir la cadence. Et quand les premiers éclairs déchirèrent l’éther, elle ne parvint pas à calmer son cheval affolé. Il ruait et glissait tant et si bien que Dara finit par être désarçonnée, s’étalant de tout son long dans la boue ruisselante.

Le temps qu’elle se relève, son cheval n’était plus qu’un hennissement faiblissant dans le lointain. Elle soupira en décollant les cheveux plaqués par la fange sur son visage. Il en faudrait plus pour la décourager.

Elle avait marché près de deux heures quand survint l’accalmie, les nuages cédant promptement la place à un soleil au zénith, et la fraîcheur de l’air à une chaleur moite. A croire que les éléments s’étaient accordés pour lui rendre son voyage le plus pénible qu’il soit possible. Un temps qui lui parut interminable s’était écoulé quand une charrette vint la dépasser. Elle était tirée par deux chevaux bâtis pour les travaux de ferme. Et à son bord, il y avait deux hommes suintants de sueur qui n’avaient pas du tout l’air d’être des fermiers. Tandis que l’un d’eux se curait les ongles avec la pointe d’une dague, l’autre, celui qui conduisait, lui lança un large sourire édenté et lui demanda si elle avait besoin d’aide. Elle leur exposa brièvement sa situation et ils lui répondirent que le prieuré se trouvait justement sur leur itinéraire, qu’ils pouvaient la déposer au passage. Ils ricanèrent en se disant que c’était tout de même un bien drôle de hasard. En temps normal, elle n’aurait pas accepté le secours de deux balafrés vêtus comme des coupe-jarrets. Elle aurait peut être gentiment refusé l’invitation avant de prendre ses jambes à son cou. Mais en l’état actuel des choses, l’épuisement avait largement érodé son bon sens et sa prudence. Elle avait donc accepté la proposition.

Elle était assise à l’arrière, encadrée par deux lourds tonneaux qui transpiraient l’hydromel et que les ornières faisaient vaciller. L’air paraissait s’alourdir davantage. Dara fit mine d’ignorer le sourire vicieux et les regards furtifs que lui lançait l’homme à la dague tandis qu’il complotait avec son acolyte. Elle préféra concentrer son attention sur le paysage et chassa les idées noires qui s’accumulaient dans son esprit. Mais très vite, les murmures qu’ils s’échangeaient devinrent moins inaudibles. Il y avait apparemment un sujet de querelle entre les deux hommes. Quand la dispute s’officialisa, ils avaient d’un commun accord opté pour l’abandon de toute forme de discrétion.

- « Et qu’est-ce ça peux-t’ faire d’abord ? » Demanda l’homme à la dague.

- « Ca m’ fait qu’y a pas moyen qu’ t’y touche avant moi. Tu vas m’ la souiller avec ta crasse, et d’jà qu’ c’est pas du tout propre c’ qu’on a là… » Rétorqua celui qui conduisait.

- « D’puis quand qu’ t’es regardant sur la propreté, toi ? C’est pas ton genre d’ t’occuper d’ l’hygiène quand tu vas rend’ visite aux poules d’ la Lanterne Rose. J’ai même entendu dire qu’y en a qui veulent pas d’ toi comme client parc’ qu’elles ne supportent pas ton odeur. » Ironisa le premier.

- « La ferme ! T’es pas moins puant qu’ moi. Tu sais très bien où j’ veux en v’nir. C’est d’ la première fraîcheur ce p’tit lot, et y aura pas deux représentations du spectacle. J’ vais certainement pas jouer l’ conducteur d’ ces tourtereaux pendant qu’ tu t’envoie la gamine ! C’est moi qui m’ suis chargé d’ ce bouseux d’ paysan, la pucelle elle est pour moi. » Explicita le second.

Dara n’en crut pas ses oreilles : ils se disputaient sur la question de savoir lequel des deux aurait le privilège de lui ôter sa virginité. Elle en fût prise de nausée.

Les deux hommes se criaient presque l’un sur l’autre. Dara savait qu’il viendrait un moment fatidique où l’un d’eux allait porter toute son attention – et bien plus – sur elle. Elle se dit qu’elle aurait pu sauter de la charrette en marche et s’enfuir tandis qu’ils se chamaillaient, mais cela n’aurait eu comme seule conséquence de les amener à mettre un terme à leur différent, le temps qu’ils la rattrapent – et elle savait qu’ils l’auraient rattrapé. Au pire, cela n’aurait fait que précipiter les événements. Alors quand l’homme qui tenait les rênes – Lars avait-elle crût entendre qu’il se nommait – se tourna un instant vers elle, elle saisit l’occasion.

- « Lars, c’est bien cela ? Ne le prenez pas mal mais si cela ne vous dérange pas, je préférerai commencer avec votre ami. » Dit-elle timidement en désignant l’autre personnage qui en bafouilla d’étonnement.

Une petite voix dans sa tête lui disait qu’elle était stupide d’avoir dit une phrase pareille, qu’elle avait une cervelle de moineau et que les deux gros chats de gouttières qui se léchaient les crocs en face d’elle n’allaient pas laisser une plume après le carnage.

- Tu vois, c’est la donzelle qui réclame, et faut pas contredire une bonne-sœur. Sois beau joueur pour une fois.

Mais Lars n’en avait cure et ne voulait pas en rester là.

- Boucl’ ton clapet la môme ! C’est pas une s****e de cul bénie qui va faire sa loi. J’ai été clair ! Si t’es pas d’accord avec ça mon vieux, va t’ falloir aut’ chose que des mots.

Et sur ces paroles aimables, il stoppa les chevaux et dégaina une courte épée. L’autre, a priori plus rapide, avait bondi sur lui, pointant la dague sur sa gorge. Une bonne parade de Lars fit échouer sa tentative. Ils se battirent un instant puis basculèrent, tombant à terre. Alors que cette empoignade se poursuivit jusque dans le fossé qui bordait la route, Dara se précipita à l’avant de la charrette, saisit les rênes et les fit claquer sans perdre une seconde. Elle était bien trop heureuse d’avoir une chance aussi inouïe, et il aurait été dommage de la rater. Alors que les chevaux partaient au galop, elle entendit les jurons des deux hommes, qui avaient cessé de se battre. L’idée qu’ils ne pourraient plus l’atteindre la rassura. Néanmoins, elle en arriva à la conclusion que les gens qui peuplaient ces contrées barbares étaient aussi violents qu’ils étaient idiots. Elle regretta la sérénité de son monastère.

Elle voyagea tout le restant du jour et c’est à la nuit tombée que son trajet arriva à son terme : elle aperçut le clocher du prieuré se détachant dans la clarté fantomatique de l’astre lunaire naissant.

Le Frère qui vint lui ouvrir quand elle eût frappé aux lourdes portes de la retraite ne sut quoi dire en découvrant son état.

- Vous avez fait un voyage… difficile, ma Sœur ?

Il s’en voulut sûrement de l’avoir accueilli avec une phrase aussi maladroite. Son visage était maculé de terre et de sueur, et sa toge n’était qu’une loque sale et puante. Alors il n’était pas nécessaire de lui demander si elle avait fait un mauvais voyage. L’évidence crevait les yeux. C’est du moins tout ce que pensa Dara à cet instant, mais elle ne pouvait décemment rien dire de tel à son hôte. Pour toute réponse, la jeune fille qui était exténuée haussa les épaules et désigna les chevaux attelés à la charrette.

- De l’eau. J’ai soif. Eux aussi.


Dernière édition par Dara le Dim 12 Juin 2011 - 3:29, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dara
Voyageur
Voyageur


Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 05/06/2008

MessageSujet: Re: Dara   Ven 4 Sep 2009 - 14:13

Suite du chapitre 3

Elle avait pu nettoyer son visage. Puis on l’avait conduite au réfectoire, lui avait servi un repas frugal et de l’eau. Le Frère Gaëtan – c’est ainsi que se nommait celui qui l’avait accueilli – la tarauda de questions sur les raisons de sa venue, mais elle jugea prudent de rester évasive à son égard. Il n’était peut être pas préférable que l’on sache qu’elle avait quitté son monastère sans le consentement de sa Mère Révérende, ni qu’elle était venue ici pour obtenir des informations sur sa mère. Elle mentit donc sur son nom. Pas sur sa provenance, en retour. Elle se fit passer pour une autre Sœur de son monastère. Au point où elle en était, on lui pardonnerait bien ce petit mensonge. Quand aux raisons de sa présence, elle se justifia simplement en disant chercher des informations sur une ancienne résidente. Elle laissa le Frère Gaëtan débiter un monologue où il était question d’irresponsabilité et d’inconscience d’avoir laisser une jeune novice faire seule ce voyage, et qu’il faudrait qu’une missive soit envoyée à la Mère Révérende pour lui rappeler ses devoirs vis-à-vis des pensionnaires placées sous son autorité. Cela ne coupa d’aucune manière l’appétit de Dara mais elle se dit qu’il faudrait pourtant qu’elle réfléchisse à une bonne excuse à fournir à la Mère Supérieure avant l’arrivée de la remontrance. Et en vérité, cela pouvait bien attendre un peu.

Le Frère Gaëtan lui avait ensuite dit qu’elle serait reçue par le Père Théotime, qu’elle aurait certainement toutes les informations qu’elle désirait auprès de lui.

Voilà ce qu’il était advenu depuis son départ du monastère et jusqu’à ce moment, où elle était assise seule dans un couloir sombre faiblement éclairé par la simple lueur d’un candélabre, attendant la venue du Père Théotime. Il serait donc vain de résumer les idées qui se bousculaient dans l’esprit de la jeune fille. Il est probable que sa mère occupait une place non négligeable au sein de celles-ci. Elle était en outre captivée par une fresque qui occupait l’essentiel du mur opposé. Cette dernière représentait, au milieu d’un fourmillement d’allégories sacrées, un paladin de l’Ordre transperçant de son glaive la poitrine d’un orc de loin plus terrifiant que celui qu’elle avait pu voir la veille. Les deux protagonistes paraissaient s’animer aux vacillements des flammes du bougeoir, ce qui conférait au tableau une atmosphère étrangement hypnotisante.

Dara fut extirpée de ses rêveries par l’arrivée du Père Théotime. Sa première pensée fut qu’elle l’avait imaginée plus vieux. Quant à la seconde, elle lui trouva un visage pour le moins familier. Elle avait cependant cette désagréable sensation de ne pas arriver à se remémorer où et quand elle l’avait vu auparavant. Ce qui parut encore plus troublant, ce fut la réaction du Père Théotime lorsqu’il découvrit la jeune fille. Dara aurait juré qu’il l’avait reconnue. A moins qu’elle n’ait mal interprété la stupéfaction qu’il afficha durant une fraction de seconde, car par la suite, rien ne laissa supposer qu’il la connaisse.

Après de rapides présentations et des politesses d’usage, le Père Théotime – sans grande originalité – s’enquit de la même manière que le Frère Gaëtan de ce qui l’avait poussée à quitter la sécurité de son monastère. Quand elle lui eut expliqué qu’elle désirait obtenir des renseignements au sujet d’un ancien membre de la sororité et qu’elle lui eut révéler son identité, le Père Théotime parut plus circonspect que jamais.

- Qu’est-ce qui vous fait dire que cette personne n’est plus parmi nous, ma Sœur ?

- Et bien, c’est ce que l’on laisse entendre là d’où je viens. On m’a affirmé qu’elle était décédée.

- Alors « on » vous a mal informé. Elle est toujours résidente de notre abbaye.


Dara ne put contenir une expression de surprise et de joie, ce qui ne manqua pas d’intriguer son interlocuteur qui poursuivit :

- Néanmoins, il faut que vous compreniez bien ceci : elle ne fait, n’a fait, et ne fera jamais partie de notre Ordre, sous aucune condition. Elle a cédé aux tentations d’un culte impie et mensonger. Pour beaucoup, il est d’avis que son âme est perdue et que sa présence dans nos murs ne la sauvera pas.

Un voile d’inquiétude enveloppa le visage de la jeune fille.

- De quel culte parlez-vous, mon Père ?

- Je ne saurai dire. Je dois aussi vous avouer que nous ignorions jusqu’à son existence avant l’arrivée de cette femme. Et nous n’en avons entendu parler nulle part ailleurs. Mais il y a pléthore de sectes dehors, il doit s’agir de l’une des plus marginales.

- Et quand vous dites qu’elle est condamnée, vous êtes également de cet avis ?


Le Père Théotime marqua une pause, semblant réfléchir à chaque mot qu’il allait employer.

- Je ne mériterai pas ma place si je n’avais la foi en un espoir de salut pour tout habitant de Walachia.

Dara hocha la tête en esquissant un maigre sourire.

- Je comprends. Et sans vouloir abuser de votre bienveillance, me serait-il possible de la rencontrer ? Ce soir même, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

Le Père Théotime marqua une nouvelle pause, parut hésiter en observant longuement la jeune fille. Finalement, il prit une décision.

- Accompagnez-moi.

Dara accepta et suivit silencieusement le Père Théotime, traversant couloirs, patios et salles désertées à une heure aussi tardive. Ils traversèrent la grande allée pavée par laquelle elle était arrivée plus tôt et se retrouvèrent dans une large cour encadrée par trois bâtiments d’aspect austère et dont chaque fenêtre portait de lourds barreaux. Ils entrèrent dans celui qui formait l’aile gauche.

L’intérieur était épuré. Ils parcoururent un long couloir ponctué de part et d’autre, à intervalles réguliers, par des portes massives et cadenassées. Derrière certaines d’entre elles, des chuchotements, des ricanements et parfois des pleurs étaient audibles. Le Père Théotime s’arrêta devant l’une d’elle et sortit de sa poche un anneau portant une multitude de clés. En observant cette scène et comprenant ce que cela impliquait, un violent sentiment de haine submergea Dara qui eut beaucoup de mal à contenir son envie de bondir sur le prêtre pour l’étrangler. Quand elle retrouva son sang froid et analysa ce comportement, elle fût parcourue de frissons. Elle ne se connaissait pas ce genre de réaction. Théotime n’avait rien remarqué. Il sélectionna la bonne clé et tandis qu’il déverrouillait la porte, il crut bon d’apporter des précisions à la novice :

- Je dois vous informer d’un autre point. Il me semble qu’avant de venir, vous n’aviez pas connaissance de l’autre fonction particulière de notre abbaye. Il se trouve de temps en temps que l’on nous amène et nous confie la charge de certaines personnes qui n’ont, comment dire, plus leur place dans la société walachienne. Soit qu’elles deviennent par leur état trop vulnérables, soit qu’elles représentent un danger avéré pour le reste de la population. Il est de mon devoir de vous prévenir que la personne que vous allez rencontrer n’appartient pas à la première catégorie.

Dara remarqua alors que le Père Théotime portait une dague à la ceinture, chose qui lui avait échappé jusqu’alors. Elle comprit, et déglutit.

- Je suis dans un asile de fous.

- « Appelez cela comme bon vous semble. »
Lui répondit le Père Théotime en poussant la porte.

A suivre...

***

Prochainement, un quatrième chapitre de révélations pour Dara.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Dara   

Revenir en haut Aller en bas
 
Dara
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Mangachamp 2011 les 21 et 22 mai
» Ces jeunes de nos jours! [PV Dara K.]
» [Faction Erfeydienne] Les Shaas d'Argent
» Maneekhan Dara ? love schweppes " hey what did you expect"

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Walachia II, le forum. :: Jeu de rôle :: Historique de votre personnage-
Sauter vers: